Où est passé le sable ?

Où est passé le sable ?

Le sable est parti.

Dans la baie de Bandol, la plage du Lido s’est tellement amaigrie qu’elle semble aujourd’hui à peine pouvoir accueillir la structure du Mantra, le restaurant démontable que la grue vient déposer chaque nouvelle saison, depuis la destruction de l’ancien établissement emblématique Le Lido. Là, la terrasse en bois a presque les pieds dans l’eau, que contournent surfeurs et promeneurs.

Les largades sont plus agressives et plus tardives chaque année, jusqu’à ce week-end où la structure saisonnière du restaurant de plage, à peine installée fin avril comme d’habitude, s’est trouvé assaillie par des paquets de mer sur une plage diminuée. Résultats : des dégâts dans les locaux, pompe de relevage inondée, le tout à la charge du restaurateur qui aura bien du mal à démarrer sa saison estivale. Un peu plus loin, deux voiliers se sont échoués.

La morsure de l’érosion s’intensifie

L’érosion des plages n’est pas une problématique virtuelle inventée par les écologistes pour embêter les aménageurs des communes littorales. Elle n’est pas non plus réservée qu’aux plages de l’océan Atlantique.
Ici aussi, elle attaque, ronge, prend des morceaux du territoire qu’elle ne rend jamais. Notre mer fermée paraît plus immobile et plus docile que l’océan, nos côtes de falaises semblent éternelles, et pourtant chaque année la mer avance un peu plus, tandis que le bord de terre recule insensiblement. Les pierres “remontent à la surface” des sentiers littoraux, la terre et le sable disparaissent des côtes naturelles.

D’ici cet été, la plage va probablement ré-engraisser naturellement et le sable va revenir, en partie ; peut-être l’y aidera-t-on avec le déversement de tonnes de sable supplémentaire récupéré ailleurs. Mais l’érosion s’accélère et les choses vont plus vite que le régime géologique naturel. La mer se rapproche des digues, monte plus haut et frappe plus fort. Chaque coup du ressac prend sa part et emmène le sable vers les profondeurs de la baie. Là, les herbiers de posidonies étouffés reculent et ont de plus en plus de peine à atténuer la force des vagues. Une boucle de rétro-actions difficilement réversible est enclenchée. En fin de saison hivernale, la plage, accolée trop près de la route, perd un peu plus sa respiration et se désole d’année en année.

Protéger nos plages

Les communes commencent à prendre la mesure de ces phénomènes qui menacent leur capital touristique et cherchent des solutions. Le maintien des banquettes de posidonies sur les plages en est une, même si elle n’est pas du goût des vacanciers. La maitrise de l’urbanisation en est une autre… L’enjeu des plages est désormais de survivre à des phénomènes d’ampleur exponentielle auxquels il faudra s’adapter.

Pour autant, le décret Plage qui vient renforcer la loi Littoral (1)  est toujours aussi impopulaire. Et au lieu d’en expliquer les fondements, le ton tendancieux de certains articles dans la presse n’est pas fait pour calmer les esprits : “la loi littoral s’attaque aux commerces de plages. Après des années sans limite, il va y avoir des règles et cela commence sur le sable où les parasols et les transats ne sont plus les bienvenus.”  Dans la région, les structures de plages en dur sont détruites progressivement pour laisser vivre la plage et éviter des sinistres éventuels qu’auraient à supporter les plagistes. A Marseille, Golfe-Juan, St Raphaël… des lieux mythiques dédiés au farniente et au soleil sont ainsi sacrifiés pour que la plage demeure. Un consensus forcément difficile… mais pour la bonne cause, si on veut garder nos plages et justement en conserver les activités !

 

(1)  Depuis la parution du décret Plage, en 2006, plusieurs restaurants de plage ont déjà été détruits sur la Côte d’Azur et d’autres vont suivre. C’est ce décret plage qui impose maintenant des structures démontables, qui doivent disparaître l’hiver en basse saison pour libérer le mouvement du sable (comme le Mantra au Lido, ou le récent KBanon au grand Vallat). C’est un moyen de lutter contre la bétonisation du littoral qui accélère le mécanisme d’érosion.

 


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