Capelan, zone blessée

Capelan, zone blessée

Dans la lumière du couchant, le flanc blessé du Capelan s’expose dans toute sa nudité minérale, presque rouge sang.

Ça c’est pour le côté lyrique.

L’érosion s’affirme saison après saison, plus mordante, inéluctable. Le vent, la mer et la pluie sculptent le profil de la falaise qui change à vue d’œil. Les arbres se raréfient, les cailloux et les racines “remontent” sur le chemin qui devient plus tortueux, la terre tombe plus loin… et jusqu’au mobilier urbain qui semble subir une étrange malédiction !

Un dossier plus technique comprendrait probablement des termes concis du type : la falaise présente de fortes caractéristiques d’érosion, niches d’effondrement, coulée sédimentaire, présence de détachements de bloc rocheux en tablier, aléa élevé de chute du à l’érosion de la matrice argilo-graveleuse… Bref, tout ça pour dire la même chose, le site du Capelan est en souffrance et potentiellement dangereux.

Du côté botanique, les plus observateurs remarquent que le printemps fait son œuvre et verdit le sol là où le piétinement n’existe pas, trop près de la falaise, ou du grillage, ou encore dans les interstices à l’abri des racines et des pierres.

“Là où croit le péril, croit aussi ce qui sauve.” Hubert Reeves *

La nature ne demande que ça, croitre, se réparer, se renouveler, inlassablement.

Là des pousses vertes, là de petites fleurs blanches ou jaunes, et ici des monticules de vers de terre, des entrées de fourmilières, toute une faune et une flore qui s’obstinent à maintenir le site vivant. Côté Est, les pins anémomorphosés enlacent la falaise et créent un agréable passage couvert, les grandes mauves royales s’élèvent victorieuses sur les restes d’un incendie. La pointe Encanet s’est reconstituée un manteau végétal, aidée par le temps et les ganivelles. Côté Ouest, de petits pins naissants s’accrochent à la pente ou à des blocs de pierre. Dès que l’inclinaison de la falaise est praticable, la terre rouge reverdit et s’habille pour se protéger, se stabiliser. Là où la terre est tombée de plus haut, la crithme maritime profite aussi de la moindre occasion pour s’installer dans ces nouveaux espaces à peine fertiles balayés par les embruns.

Il faudrait bien peu de choses pour que cet endroit retrouve sa respiration et son équilibre.

Un peu de distance et de retenue, la nature fera le reste.

C’est le principe du “recul stratégique”.

 

* Pour rendre à César… ce titre d’un livre de Hubert Reeves est initialement un vers du poète allemand Friedrich Hölderlin.

 

 

 

 


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