Inondations à Bandol : la mémoire et la loi

Inondations à Bandol : la mémoire et la loi

Category : Urbanisme

Tournés vers l’avenir et otages d’un modernisme jaloux, nous construisons nos villes en oubliant de rester ancrés dans l’histoire de notre territoire, qui fait figure de passé rétrograde.

Résultat : nous partons à la dérive et nous perdons la maîtrise de notre environnement et de notre sécurité.
Le passé pourtant nous donne des leçons que nous négligeons et les coups de règles sur les doigts sont des inondations à répétitions, des effondrements de falaises, des coulées de boues… parfois dramatiques dont les journalistes se font l’écho avec alarmisme.

Un urbanisme amnésique
Très récemment à Ollioules, une canalisation en pierre vieille d’un siècle, oubliée depuis longtemps, a été découverte à la faveur d’un important chantier : «En construisant un bassin de rétention à proximité du site DCNS, des ouvriers ont découvert l’existence d’une galerie souterraine jusque-là inconnue.»
«Ce souterrain daterait d’il y a un peu plus d’un siècle et aurait été créé afin de rabattre les excédents d’eau vers les rivières alentours en cas de fortes précipitations ou de montée de la nappe.»
Photo La Reepe Ssterr_vertic
Cette canalisation «inconnue» et «sans valeur archéologique» n’est pourtant pas sans rappeler les canaux de la Reppe souterraine ( appelés jadis un Béal par les ollioulais ).
«Le 9ème jour de novembre 1709, le sieur Cordeil dit : que les grottes nouvellement construites pour la conduite des eaux nouvellement trouvées étant entièrement découvertes, il était à craindre que l’eau de la rivière, au lit de laquelle se trouve le nouveau canal, si elle venait à déborder, ne lui causa des dommages. Ordre avait été donné à Pierre Sévère, de faire mettre du gravier dessus pour les mettre à couvert».
Décision fut donc prise par le Conseil d’Ollioules de couvrir les canalisations de la source du Labus de gravier afin de les protéger des crues de la Reppe. La gestion de l’eau douce et du risque d’inondation n’est donc pas chose nouvelle ! Mais nous oublions…
Janvier 2014, dans la presse : «Les inondations ne sont pas rares dans le Var, et même en France. Pourtant, on a perdu «la mémoire» du risque. … Les inondations qui ont touché le département du Var dimanche, loin d’être d’exceptionnelles, sont liées à des phénomènes météorologiques intenses, mais assez fréquents en Méditerranée, dont les conséquences sont amplifiées par l’aménagement du territoire par l’homme.»
Nous oublions les mises en garde des anciens, nous oublions le bon sens élémentaire et que dans des zones inondables il ne faut pas construire. Heureusement quand nous perdons la mémoire, il y a des lois pour nous remettre sur les rails… encore faut-il les respecter, plutôt que se lamenter après, trop tard !

La Loi
La loi prend le relais des mémoires défaillantes pour imposer prudence et prévention.
Instaurée en France le 22 juillet 1987, la loi relative aux risques majeurs ( inondations, séismes, feu de forêts ) oblige, par son article 21, à la prévention et à l’information des risques majeurs. Le décret du 11 octobre 1990 précise le contenu et la forme des informations : le préfet établi le dossier départemental des risques majeurs (avec carte) et le Dossier Communal Synthétique (DCS).  Le maire réalise le document d’information communale sur les risques majeurs (DICRIM) ces deux pièces sont consultables en mairie par le citoyen.

15 ans d’inertie
Dans le document communal synthétique (DCS) de Bandol  publié en 2001, on trouve cette description du risque majeur :
« Le risque majeur a deux caractéristiques :
– sa gravité, si lourde à supporter par les populations ;
– sa fréquence, si faible qu’on pourrait être tenté de l’oublier et de ne pas se préparer à sa survenue.[…]
Et pourtant… Pour le risque naturel notamment, on sait que l’avenir est écrit dans le passé… La prévention coûte cher : il faut beaucoup de moyens financiers pour se protéger. […] Parfois on oubliera : on fera des économies budgétaires au profit d’investissement plus rentable. »
En 2008, le maire de Bandol édite un Plan Communal de Sauvegarde (PCS), et le DICRIM parait en 2010.
Toujours en 2010, à Bandol, une enquête publique est lancée pour un projet d’envergure ( la construction d’un Casino et d’un hôtel ) sur le terrain du stade des grands-Ponts, pourtant de notoriété publique «zone inondable» [je précise : «de notoriété publique» chez les vieux Bandolais qui ont encore en mémoire les inondations de 1978 ou de 1983].
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L’avis, tout en diplomatie, du commissaire-enquêteur met un terme attendu à ce projet : « il est difficile d’envisager l’édification d’un établissement recevant du public sur une zone rouge R2.» [ et pour cause : la loi l’interdit (1)], rajoutant : «Notons toutefois que le PPRi n’est pas actuellement approuvé et que nous faisons référence à ce jour aux études d’aléas qui sont préparatoires à cette approbation.» À ce jour, le PPRi ( Plan de prévention du risque inondation ) n’a toujours pas été approuvé par le conseil municipal depuis sa prescription en 1999, bien qu’il ait été intégré partiellement dans le PLU de 2013 !

Le PPRI toujours en cours d’approbation
Chose curieuse : à Bandol, le PLU de 2013 s’est borné à prendre en compte la zone du grand Vallat, prescrite dans les études du PPRi de 1999 d’après ses antécédents historiques, comme seule zone inondable, mais néglige le plan d’aléa du DCS de 2001 ( cf  Cartes ci-dessous )  où figurent l’ensemble des zones inondables de Bandol, dont le Canet (résidence des Perles marines), Clairefont et les îles de Bandol, les contrebas de la Gendarmerie ( programme immobilier Cap Frégate ), la descente de la gare et le nord de l’avenue du 11 Novembre ( concernée par la future convention avec l’EPF PACA )… Toutes ces zones comptent parmi les plus impactées par les dernières inondations, mais marquent aussi d’importants chantiers immobiliers récents.

Pourquoi la carte initiale de la préfecture n’a-t-elle pas été reprise intégralement par la municipalité ? Pourquoi la prise en compte des Risques Majeurs est-elle si longue à mettre en place ?

Échéance
Or le temps presse. Pas seulement par l’urgence de prévention des catastrophes qui n’émeuvent qu’à courte durée, mais par la Directive européenne 2007/60/CE entrée en vigueur le 26.11.2007 qui prévoyait l’établissement de Cartes des risques d’inondation au plus tard pour le 22 décembre 2013, pour une prise en compte globale nationale fin 2015.
En théorie, depuis le 1er trimestre 2014, les PPRI opposables ( ceux ayant été approuvés par les conseils municipaux ) s’imposent aux PLU (plans locaux d’urbanismes ) et devraient tendre à limiter la constructibilité et donc l’imperméabilisation des sols.

Diapositive25Cartes-Alea-Inondation
«Au total, 80% des terres Varoises sont inconstructibles, à cause des risques incendie ou inondation mais la pression immobilière est trop forte.»
Alors forcément 15 ans de retard par rapport à l’application des lois,  c’est toujours ça de gagner pour certains  ! La ville avance… En revanche pour les autres, il ne faut attendre aucune indulgence de la part des éléments qui eux ne traînent pas des pieds.

1 – La circulaire  interministérielle du 24 Janvier 1994 précise que toute construction nouvelle doit être interdite à l’intérieur des zones soumises aux aléas les plus forts et que toute opportunité doit être saisie pour réduire le nombre de constructions exposées.


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