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Faut-il renoncer aux espaces naturels à Bandol ?

La question d’un renoncement des espaces de nature pourrait se poser, d’autant que le principe semble déjà acquis considérant leur gestion jusqu’à présent.

La dégradation de l’état de la façade maritime encore naturelle est telle depuis quelques années que l’on pourrait croire que la ville tourne le dos à son authenticité. Si l’aménagement des sites naturels entre dans la logique touristique, il faut bien constater que cela est au détriment des zones fragiles. Pour plus de sécurité et toujours plus d’attractivité, la commune sacrifie ses derniers espaces remarquables.

Le rivage de Bandol, très apprécié dès le début du XXe siècle pour ses paysages balnéaires, a été rapidement habité et construit tout en conservant une harmonie paysagère. Les belles villas qui le bordent composent aujourd’hui le paysage bandolais autant que les bouquets de pins en crête de falaise. Cet équilibre élégant et subtil est l’identité de Bandol, construite au fil de 3 siècles d’histoire. C’est ce ratio bâtis/espaces naturels qui vaudrait d’être préservé aujourd’hui et cet équilibre est justement l’objectif de ce que doit être un plan d’urbanisme.

Le constat

La vitesse de dégradation de la façade littorale naturelle s’est accélérée ces dernières années. Les murs s’effondrent et les arbres tombent à une cadence désespérante. L’abime des falaises du sentier douanier se rapproche des balustrades de sécurité et du passage des piétons. Parallèlement, en bord de mer les chantiers de constructions se sont multipliés depuis 2014 (1) et les rues clôturées prennent des allures de labyrinthes. D’une part les espaces naturels reculent devant le béton, d’autre part les panoramas se raréfient. En cause, une volonté manifeste d’appliquer aux sites littoraux une gestion urbaine, déconnectée des exigences sociales et physiques du milieu naturel.

Notre association donne l’alerte mais n’est plus entendue.

La bordure naturelle littorale de Bandol en piteux état…

2 arbres tombés juste à la jonction naturelle du mur de soutènement de l’avenue George V.
Le sentier littoral à l’Anglaise ; le vide grignote la falaise et menace les balustrades.
Le senter littoral au Capelan, zone naturelle enfin sécurisée mais en perte de naturalité.
Devant le Méditerranée, fin Mai 2019 après le recul du sentier littoral, l’ancien chemin a été bétonné jusqu’au nouveau mur, prolongeant la terrasse du Pescadou, depuis recouvert de terre !

Dénaturation du paysage

Le phénomène d’urbanisation (et d’artificialisation) est un monstre vorace qui s’auto-alimente au-delà des stricts besoins de logements (seulement 37% de résidences occupées à l’année à Bandol, une démographie locale en baisse de -3,8% pour 2019), accentué par une multiplication de normes et d’obligations.

Un mécanisme pervers

Une maison, même petite ou isolée, ne reste jamais seule et la surface artificialisée induite se limite rarement à une simple surface de plancher. Il faut lui faire des routes autour, creuser pour enfouir des canalisations, dégager les abords pour le passage des fils électriques, débroussailler voire déboiser dans les 50m autour contre le risque incendie, garder une place au propre pour la voiture, un chemin d’accès jusqu’au garage, élever des clôtures de protection, des margelles autour de la piscine… autant d’aménagements d’usage en annexe dont personne ne songerait plus à se passer… Une simple maison est une amorce d’imperméabilisation qui peut vite dénaturer le paysage alentour.

Espaces naturels

Pour la seule année 2019, entre le Capelan et l’Anglaise (sur le sentier littoral avenue George V), en conséquence de récents permis de construire, 13 dérogations ont été accordées autorisant “exceptionnellement” le passage de camions excédant 3,5t en livraison de béton et autres matériaux, sur une période totale de 207 jours s’étalant de Janvier à Décembre. L’interdiction de passage aux véhicules lourds avait été décrétée suite à un affaissement de l’avenue George V (sentier littoral), en Janvier 2014 pour soulager le chemin de l’impact des véhicules. Depuis, suite aux fortes dégradations de l’état de surface occasionnées par les véhicules de chantier depuis 2018 (date des premières autorisations dérogeant à l’interdiction), l’accès a été bitumé en Décembre 2019 ; l’octroi d’autorisations “exceptionnelles” se poursuit en 2020 (déjà 8 depuis Janvier)…

Dans cette zone naturelle fragile (zone N1), l’urbanisme n’a donc eu d’autre réponse que l’artificialisation : plus de bitume, de béton et de clôtures.

Le littoral n’est pas un cas particulier. La même “érosion” du sol perméable et du végétal se vérifie ailleurs dans la ville. Les zones protégées, les parcs, et à plus petite échelle les espaces verts ont subit également d’importants coups de rabot.

Espaces verts urbains en régression

Pour résoudre un manque chronique d’entretien, certains parterres fleuris ont été arrachés et bétonnés ou couverts de moquette verte (route de Marseille, pont du Grand Vallat, route du Beausset, carrefour du collège).
La place de l’église a perdu ses grands platanes centenaires emblématiques.
Exit les séphoras de la rue Lumière, les palmiers de l’avenue Leclerc, avenue Albert 1er, rue Molière, et les arbres de la rue des orangers… les allées Vivien et l’avenue du 11 Novembre comptent aussi des pertes, non remplacées.


Les allées du cimetière ont été imperméabilisées.
Le projet du quai de Gaulle a eu aussi son lot de béton et de déracinés avec la suppression du terre-plein central, du parterre végétal du rond-point de la fontaine, une partie de celui la plage centrale ou la réduction du square Bir-Hakeim et des abords de la Maison des vins : Platanes, Lauriers-rose en tige, Washintonia, Chamaerops, Oliviers ont été abattus ou sont allés mourir dans la plaine des grands-ponts.

Les parcs municipaux et les espaces classés boisés sont également en déclin : annexés, déclassés, ou réduits (cabanes installées sur la pelouse du port, aménagement d’un parking dans le Parc du Capelan, déclassement de 6834m2 d’EBC au bois Maurin).

En 2018, un parking a pris place à l’intérieur du parc du Capelan.

Les propriétés privées ne sont pas en reste. Depuis la suppression du COS, chaque autorisation se traduit désormais par l’arasage intégral du terrain pour profiter de la surface maximum constructible (cf photos). Le maintien de la seule bande séparative (de 4m) ne permet même pas, conformément au règlement, la replantation d’arbres de haute tige (l’emprise au sol d’un grand arbre étant souvent supérieure), et dans le meilleur des cas tout juste une petit allée et une haie vive, la tendance étant à la bande de pelouse artificielle. Les jardins se raréfient.

Une autre tendance est à la tronçonneuse pour faire place nette et agrandir l’espace de parcelles de plus en plus réduites, quand ce n’est pas pour simplement se conformer à la règlementation de prévention incendie (effet pervers du mitage en zone boisée). Ainsi le plan d’abattage massif dans la pinède de la résidence Athéna, pourtant dans un secteur protégé, identifié comme habitat privilégié pour la biodiversité locale et notamment pour un critère d’intérêt paysager (répertorié ZNIEFF : zone naturelle d’intérêt écologique pour la faune et la flore, site inscrit au titre de la Directive Habitats ). Au grand dam de certains copropriétaires…

Le paysage en voie de disparition

La beauté du paysage n’est pas intrinsèque, il faut qu’elle se voit. Sans le regard, pas de paysage.
Comme les espaces verts, le paysage subit des restrictions. Contrairement à une volonté claironnée par la municipalité d’ouvrir les perspectives, partout elles se ferment : élévation de la digue du parking du casino, défilés de motos devant la plage centrale et bientôt alignement des bus de la gare routière en entrée de ville avant le Casino, grille à la plage de Renecros, clôtures occultantes du Splendid et du Méditerranée, jusqu’aux impressionnants murs de clôture de la villa Roc à Pic en bordure du sentier littoral …

Un PLU (dés-)orienté

Dans cette ligne de gestion des espaces naturels, la modification N°1 du PLU (mise en disposition du public du 21 janvier au 21 février) n’est pas plus engageante avec une constructibilité explicite formulée pour l’habitat en zones N. Le Plan local étant l’outil du futur développement de la ville, son orientation doit viser l’équilibre de l’espace, ou le rééquilibrage si besoin. Selon notre prisme de lecture focalisé sur l’environnement, ce n’est pas le cas avec cette modification, où malgré quelques items justifiés, la plupart des changements visent à mettre en conformité des réalisations déjà existantes (comme la zone N2c du parking du Capelan) et faciliter plus de nouveaux chantiers en zone naturelles (2).

Suffit-il de reconstruire là, ce qu’on laisse détruire ailleurs ?

Dans le même temps que des dérogations sont signées et que le PLU est modifié à la hâte en procédure simplifiée, l’équipe municipale sortante projette la création d’une “zone naturelle artificielle” avec un parc paysager de 8000m2 sur le terre-plein du château, à la place du parking gratuit. L’idée de réanimer cet espace n’est pas mauvaise (nous l’avions imaginé en 2015), mais prétendre transformer un terrain artificiel gagné sur la mer, un no man’s land à l’abandon, en un nouveau parc municipal alors même que factuellement partout dans la ville les espaces verts reculent et que le paysage naturel de nos calanques est en train de s’effondrer, relève d’un certain cynisme.

Doit-on considérer par là que les zones naturelles littorales sont condamnées et qu’il convient désormais d’en créer d’autres un peu moins “naturelles”, à des endroits plus vendeurs, plus pratiques, proches du centre et de ses stationnements ?

Partant de ce triste constat, faut-il alors renoncer à cette jolie bordure de nature le long de notre littoral, posée en surplomb de nos petites criques ? Doit-on désespérer que cette mince frontière entre la mer et la ville disparaisse, abimant les paysages d’enfance des uns, ou de vacances des autres ?

Notre réponse est bien évidemment NON !

Même si ce constat peu reluisant est aussi pour une part celui de notre impuissance à défendre l’intégrité du littoral bandolais comme nous l’aurions souhaité, et à mobiliser les moyens de la gouvernance municipale, nous ne baissons pas les bras. Le maintien du paysage exige mémoire, conviction, et mise en perspective ; savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on veut aller. Notre association pose comme principe en amont : la cohérence et la préservation de ce qui fait le caractère de notre bord de mer. Avant toute chose, il convient donc de préserver le caractère naturel existant du paysage.

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(1) En 2014, la loi Alur a supprimé le coefficient d’occupation des sols (COS), privilégiant les règles de prospects, de hauteur, gabarit, volume, et d’emprise au sol afin de rendre possible une plus grande constructibilité sur les terrains, quelque soit le zonage du PLU. A Bandol, la modification de 2016 a relativement permis d’en amoindrir les effets mais sans tenir aucun compte supplémentaire des zones spécifiques à fort enjeu littoral ou paysager, particulièrement ciblées, qui de ce fait ont été très impactées.

(2) Sur la constructibilité en zone naturelle, de la modification N°1 du PLU de 2019, pour “Clarification des dispositions règlementaires relatives aux habitations existantes en zone N”, la nouvelle rédaction proposée est : d’autoriser “le réaménagement des habitations existantes, dans le gabarit* existant.”, alors que le même règlement, quelques lignes plus haut, stipule que sont interdites “Les constructions de quelque nature que ce soit à l’exception de celles admises aux conditions particulières définies à l’article N1 2. En particulier, la transformation de constructions existantes, quelque soit leur vocation initiale, en construction à usage logement.et que seule est autorisée “La reconstruction à l’identique des constructions sinistrées lorsqu’elles ont été légalement autorisées” !
*A noter la justification explicite du terme de « gabarit » empruntée au lexique national du Ministère de la Cohésion des territoires : « Il peut ainsi être utilisé pour octroyer des bonus de constructibilité ».
Vous avez dit “clarification” ?…


Du rivage de la mer au DPM

« Faisons défense à toutes personnes de bâtir sur les rivages de la mer,»

Ce n’est pas là un appel militant à respecter le littoral mais un extrait de la célèbre «Ordonnance de Colbert» qui, le 31 juillet 1681, pose les bases du domaine public maritime.

Le domaine public maritime (DPM) est constitué pour l’essentiel du rivage de la mer, du sol et du sous-sol de la mer jusqu’à la limite des eaux territoriales. Le DPM est une notion juridique pour un espace plus ou moins délimité mais qui avant tout s’applique à un lieu d’intime liberté et de communauté.

La baie de Bandol et son littoral en arrière plan au XVIIe s.

De nos jours encore, le littoral, et de manière plus spécifique l’extrême rivage, sont toujours considérés comme un territoire à part qui nécessite donc une prise en compte particulière. Des considérations environnementales et climatiques se sont aujourd’hui grevées sur les priorités d’origine (de navigation marchande et militaire) les amenant à évoluer de manière plus prégnante.

De tout temps, un bien commun inaliénable

L’idée que le rivage de la mer fasse partie des “choses communes” (comme devant être gérée par une autorité générale) n’est pas récente.

Dans l’Antiquité, “les romains estimaient que l’usage de la mer était commun à tous les Hommes”, et ils avaient légiféré pour prévenir aux atteintes à cette “liberté commune et générale”. Une autorisation était nécessaire pour construire sur le bord de la mer. Le droit français s’est ainsi référé au droit romain (1) en Méditerranée.

Au XVIe s., le roi Charles IX fixe les principes d’imprescriptibilité et d’inaliénabilité du domaine de la couronne par décret en 1566 avec l’Edit de Moulins. A cette époque, un bien acquis par le roi pouvait entrer dans le domaine fixe après dix ans d’administration par les agents royaux.

Au XVIIe s. l’ordonnance de la marine de Colbert en précise les principes relativement aux rivages.

En 1986 la loi Littoral reprend ce principe selon lequel le domaine public, désormais républicain (propriété de l’Etat), est inaliénable, autrement dit, aucune personne ne peut être propriétaire de cet espace commun ; principe réaffirmé en 2006 par le code général de la propriété des personnes publiques (CG3P, article L.3111-1 et -2*). Ce qui est à tous, n’est à personne.

*« Le domaine public maritime et le domaine public fluvial sont inaliénables sous réserve des droits et des concessions régulièrement accordés avant l’édit de Moulins de février 1566 et des ventes légalement consommées de biens nationaux. »
(article L. 3111-2 du Code général de la propriété des personnes publiques)

L’État n’a donc pas le droit de le vendre, ni de le céder (ni de le laisser usurper) et ce sans limite de durée puisque le DPM est imprescriptible. Le temps n’y changera rien.

Principe fondamental, l’inaliénabilité est rappelée en préambule par la DIRM dans ses documents stratégiques (source : Stratégie Mouillage 2019).

Le plus fréquemment, l’Etat permet l’occupation de ce domaine de manière temporaire en gestion directe mais il peut aussi en déléguer la gestion aux communes (ports, mouillages organisés ou plages) par concession, dont elles-même peuvent en déléguer les droits d’exploitation (en DSP, délégation de service publique). (2)

Dans le cas de la “privatisation” des plages, depuis 2006, le décret «plage» a fixé le système de concessions pour la gestion des plages avec une limite d’occupation maximale de leurs surfaces à 20%, et comme “objectif fondamental de permettre un usage libre et gratuit des plages par le public“.

Un pourcentage de 20% des plages simple en théorie, mais qui concrètement interroge : comment délimiter une surface mobile par définition ? Naturellement, une plage, ça va et ça vient, et change de format d’été en hiver ou suivant la météo ! L’érosion, les rechargements de sable et bientôt l’élévation du niveau de la mer devraient encore compliquer l’équation. Où commence donc et où finit ce domaine public maritime et où commencent les propriétés privées ?

[S’en suit un chapitre casse-tête et un tantinet technique, à zapper en cas d’amorce de migraine…Reprendre plus loin à “Inconstructible” !]

La délimitation du DPM terrestre

Depuis le XVIIe s. la prose pleine de poésie pour préciser les limites de ce qui deviendra le DPM, « Sera réputé bord et rivage de mer tout ce qu’elle couvre et découvre pendant les nouvelles et pleines lunes, et jusqu’où le grand flot de mars se peut étendre sur les grèves », s’est à peine modernisée :

«le rivage de la mer est constitué par tout ce qu’elle couvre et découvre jusqu’où les plus hautes mers peuvent s’étendre en l’absence de perturbations météorologiques exceptionnelles.»

Ce mince interface terre-mer est un espace convoité, soumis à de fortes pressions financières. Aussi, la détermination de la fameuse «limite haute du rivage de la mer» [qui refuse obstinément de rester tranquille et fixe] est-elle sujette à des interprétations parfois polémiques, notamment dans son enjeu juridique.

On peut simplement considérer que les plages et la mer appartiennent au domaine public de l’Etat. Qui a les pieds dans l’eau, est dans le DPM ! La limite d’une commune littorale sur sa façade maritime se situerait donc à l’endroit où commence la plage. La réalité est plus complexe, et bien que l’état n’ait pas à prédéfinir de limites du DPM puisqu’elles dépendent de l’avancée ou du recul de la mer, la multiplication de contentieux privés, par rapport aux propriétés riveraines, ont amené les services de l’Etat à devoir préciser certains repères.

Les limites du rivage sont fixées par des critères naturels plus ou moins précis, et plus ou moins fluctuants : que ce soit pour la bande de 100m ou les 50 pas géométriques pour les outre-mer, la portée de cette délimitation reste donc toute relative considérant un espace qui n’est pas figé (marées, mobilité du trait de côte, érosion et changement climatique). Selon la loi littoral «Les limites du rivage sont constatées par l’Etat en fonction des observations opérées sur les lieux à délimiter ou des informations fournies par des procédés scientifiques.» Rien de mieux donc que se rendre compte de visu.

Les délimitations de rivage ainsi réalisées -sur demande de riverains et après enquête publique- sont prescriptibles par contre et valables pour dix ans ! «L’administration ne «fixe» pas la limite comme elle peut le faire pour un périmètre à déclarer d’utilité publique, mais ne fait que constater l’avancée extrême des flots.»
Le changement climatique et l’élévation attendu du niveau de la mer va-t-il accélérer les choses ? «L’acte de délimitation «gèle» en quelque sorte à un moment donné la domanialité publique, imprescriptible et inaliénable, mais celle-ci peut s’accroître en cas d’avancée de la mer.»

Inconstructible… en principe

« Faisons défense à toutes personnes de bâtir sur les rivages de la mer, d’y planter aucuns pieux ni faire aucuns ouvrages qui puissent porter préjudice à la navigation, à peine de démolition des ouvrages, de confiscation des matériaux et d’amende arbitraire. » Ordonnance de la marine de Colbert – Article 1er du titre VII du livre IV– 1681

Quatre siècles plus tard, les mots de la loi changent à peine: « Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d’amende. Nul ne peut en outre, sur ce domaine, procéder à des dépôts ou à des extractions, ni se livrer à des dégradations. » (article L 2132-3 du CG3P)

L‘inconstructibilité du rivage naturel est l’un des principes les plus connus en France avec la loi Littoral. Le DPM naturel n’a pas vocation à recevoir de constructions ou d’installations permanentes et toute occupation temporaire implique une conservation et une remise en l’état.

Pour autant, les enjeux contemporains concentrés sur cette mince interface (attractivité touristique et intérêts économiques considérables) représentent une menace qui tend à affaiblir les principes du DPM.

Principe VS réalités

“Le principe d’inaliénabilité appliqué au DPM devrait faire de l’État le seul maître à bord et autoriser un contrôle réel, à l’échelon local, de l’évolution du littoral.” En 1998, le rapport Marini avait présenté au sénat un constat des aliénations du DPM [déclassement + ventes], principalement en faveur de l’urbanisation, et s’inquiétait de la multiplication excessive des autorisations d’occupation, et d’une mise en valeur insuffisante.
Le Domaine Public Maritime est un cas unique dans la domanialité publique, par son étendue, par sa nature, par son ancienneté. […] L’autorité, dont l’État dispose sur cet espace, et la valeur de celui-ci, devraient à la fois l’engager à et lui permettre de développer une politique cohérente d’utilisation de l’espace littoral. Force est de constater qu’il n’en est rien.

Et le rapport concluait que “L’inaliénabilité n’a pas complètement joué le rôle protecteur attendu vis-à-vis du domaine et des espaces côtiers : le déclassement a permis certaines aliénations. On note l’implantation d’activités qui ne relèvent pas toujours de l’intérêt général.”
C’était il y a 20 ans ! Ce constat appelait un sursaut de la volonté politique.

Une volonté de moyens

La difficile gestion de cet espace sensible est confiée localement à la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM). Le rôle des agents de l’Etat est de faire respecter les principes et règles d’occupation spécifiques de ce domaine devant être accessible à tous. Si depuis ses origines la doctrine de gestion a peu changé, de nouveaux enjeux écologiques et économiques sont venus complexifier cette mission (Grenelle de la mer, loi pour la Biodiversité (3)…). Elle consiste au contrôle et à l’encadrement des titres d’occupation temporaire (AOT de restaurant de plages ou de mouillage…) mais aussi au respect des équilibres écologiques et habitats naturels (faune marine, posidonie…). Les enjeux climatiques ordonnent une reconquête des territoires naturels (lutte contre l’érosion) alors que les enjeux économiques poussent à une plus large exploitation de cette ressource foncière (4).

Données extraites du diagnostic établi par la DDTM du Var

En 2014, la DDTM du Var avait ainsi établi une Stratégie pour la gestion du DPM naturel (5). Dans son diagnostic, la DDTM pointait un état préoccupant de ses ressources humaines sur le terrain.

“Un des enjeux forts pour la DDTM du Var est par conséquent de disposer des effectifs nécessaires lui permettant de réaliser l’ensemble des missions nécessaires à la gestion effective du DPMn et de pouvoir poursuivre une politique volontariste. Mettre un frein à cette politique, connue des communes, aurait un effet très négatif pour la bonne gestion du DPM […].”

Les effectifs d’un service qui comptait ” 28 agents pour environ 18 ETP consacrés à la gestion du DPMn” en 2014 pour assurer la surveillance de 432 kms de côtes, ont encore été réduits depuis. Avec une présence physique insuffisante, la meilleure volonté de ces gardiens pourrait ne plus suffire à s’opposer au grignotage des intérêts particuliers. Le sursaut politique n’a pas eu lieu.

Respect du bien commun

Hier menacé par les pirates et les invasions, aujourd’hui par la privatisation, le littoral est toujours le théâtre de tensions. Le DPM joue un rôle clé dans la politique de conservation du littoral, tant pour la valeur intrinsèque des espaces écologiques que par son caractère public et inaliénable qui porte la notion de bien commun comme garantie d’équité sociale : “il fait primer l’intérêt général sur l’intérêt particulier, le collectif sur l’individu, la coopération sur la compétition, l’usage sur la possession”.

Il appartient donc à chacun d’entre nous, habitants, élus, associations, de porter ces valeurs. Le respect du DPM est de notre responsabilité commune.

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Pour en savoir plus :

(1) Historiquement, Les Romains parlaient déjà de bien public mais la notion de “bien commun“, au singulier dans son sens philosophique, est d’origine chrétienne avec Thomas d’Aquin. Plus tard au XVIIIe s., les philosophes des Lumières, développeront la notion d’intérêt général fondée sur la volonté du peuple. Au-delà de ses évolutions sociétales, les res publicae (choses publiques) se parent aujourd’hui des vertus morales de la chose partagée. Pour Alain Giffard (auteur de « Bien commun et bien(s) commun(s) »), « le bien commun implique plus que le respect de la loi exprimant l’intérêt général. Le bien commun désigne le bien-être ou le bonheur collectif d’une communauté ou en général de ses membres et l’ensemble des choses qui sont supposées y contribuer : biens matériels, respect d’autrui, justice sociale. Il nécessite un engagement de chacun comme condition de fonctionnement de la règle ». Sont considérés “biens communs” l’eau, l’air, le paysage, la nature, la planète… et le DPM.

(2) “Le DPM connaît 3 modes de gestion juridique :
– la convention de gestion à une personne publique ;
– la concession pour une exploitation conforme à la vocation du domaine (ports, concession de plage, d’endigage) ;
– l’autorisation d’occupation temporaire (AOT), pour occupation privative, est précaire, révocable, et assujettie à redevance (les autorisations de mouillage collectif, de cultures marines ou d’extraction de matériaux en sont des cas particuliers).”

(3) La loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 9 août 2016 a introduit une obligation de compatibilité des décisions ayant trait à la gestion du DPM naturel avec les objectifs environnementaux arrêtés dans le cadre des plans d’actions pour le milieu marin. Dès lors, la gestion du DPM naturel qui passe notamment par la régulation des usages et des pressions contribue à la préservation du bon état écologique du milieu marin.

(4) Le décret Plage fixe le taux d’occupation maximal à 20 % pour les plages naturelles au lieu de 30 % et à 50 % pour les plages artificielles au lieu de 75 %. Cette réduction a des conséquences et génère une forte opposition des acteurs économiques depuis 2006 même si l’application effective du décret est très progressive. De nombreux élus (ANEL) et professionnels réclament que ce taux soit calculé non pas par plage mais par commune, pour plus de “souplesse”. L’activité économique des plages représente plus de 700 millions d’euros de chiffre d’affaires par an en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

(5) Comme tous les documents de planification, cette Stratégie du DPMn pour le Var est révisable tous les 6 ans et la nouvelle mouture est imminente.


Opération Capelan, au rattrapage

Avant de crier victoire, il est toujours plus prudent de vérifier que les objectifs sont bien atteints.

La sécurisation du Capelan est le projet phare de notre association. Il aura fallu des années de réflexion et de concertation avec la municipalité et 2 phases de travaux pour que l’idée devient réalité.

La réhabilitation du site naturel, un pari toujours d’actualité

Le projet CAPELAN, tel que nous l’avions préconisé et ainsi conditionné par la DDTM (1), impliquait 3 dimensions :
• un recul du sentier pour une double mise en sécurité : des promeneurs et du site sensible ;
• une végétalisation naturelle : accompagnement d’une reprise végétale spontanée) ;
• une communication pédagogique transversale tout au long des opérations pour informer et sensibiliser les habitants.

Bilan 2019

Aujourd’hui, le recul du sentier littoral est effectif et offre désormais un passage plus sécure pour les sportifs et promeneurs de tout poils. Face à une érosion menaçante, et même critique sur cette portion du littoral, ce recul était la phase la plus urgente.

Nous nous réjouissons de sa réalisation, pourtant notre constat reste très mitigé. Cette seule étape achevée est bien loin de respecter le projet qui ne vaut que dans son intégralité pour respecter ses objectifs.

> une érosion toujours en marche

La végétation, loin d’être favorisée, a été arrachée à la pelleteuse pour le dessin du nouveau chemin Ouest en début d’année. Et aucune protection (ganivelles) n’a été installée sur la partie Sud déjà reculée.
Sans couvert végétal, le processus d’érosion du sol est toujours à l’œuvre selon les mêmes mécanismes : piétinement > compactage du sol > action de l’eau et du vent > déficit sédimentaire.
Ce ne sont pas les pierres qui remontent à la surface, mais la terre qui est emportée…
L’action mécanique de l’érosion est à l’œuvre, sans cesse, et ne pourrait être ralentie que par le ré-équilibrage fonctionnel du sol. La biodiversité est là un allié précieux pour retrouver cet équilibre.

> un respect paysager insatisfaisant

La qualité esthétique du Capelan a toujours eu un énorme pouvoir magnétique sur ses habitants. De la pointe Encanet à la presqu’île, la terre de Bandol a façonné ici un concentré de paysage méditerranéen aux couleurs des pins, de roche calcaire, de sol argileux et d’eaux turquoises qui séduit immanquablement.

BANDOL – Mémoire en images, de Nicole Guillot-Soupez, page 10

Le caractère sauvage et naturel du site a été revendiqué par des générations de cartes postales qui en ont vanté la beauté, même en noir et blanc.

Le paysage présenté par le sentier côté presqu’ile est actuellement apprivoisé et contenu entre 2 linéaires de grillages. Cette présence parasite une perspective sur le rêve et la pleine conscience de nature de ce site remarquable. Le résultat n’est donc pas encore satisfaisant.

Nous continuerons donc à exiger le respect et la mise en œuvre de la réhabilitation écologique de ce site exceptionnel qui ne peut se contenter d’une intervention a minima. Le cadre naturel du Capelan mérite mieux.

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(1) L’accord de la DDTM stipule le respect du caractère naturel du site : “Dans la mesure où ce projet permet de laisser la falaise évoluer naturellement, de favoriser l’aspect naturel du site par la mise en œuvre de barrières végétales et de ganivelles pour leur protection, de sécuriser le sentier naturel en le déportant de quelques mètres en arrière de la falaise dans les terrains communaux, je vous donne mon accord sur le principe des solutions adoptées.” extrait courrier DDTM du 28 Août 2017.


CAPELAN, site naturel sous haute surveillance

Réhabilitation en projet de longue date (fin d’activité du Lou Pescadou en 2015), le chantier des restaurants du Capelan a commencé seulement au mois de mars 2019 pour une ouverture attendue cet été.

Extrait du magazine municipal: Mediterranée ouverture prévue été 2019
Extrait Journal municipal Jan/Fév/Mars 2019

Depuis 4 ans, les habitués de tous poils sont un peu orphelins des fameuses terrasses nichées dans la calanque qui les accueillaient depuis des décennies pour un café ou un repas entre amis, après que l’agriculteur local d’avant guerre eut troqué ses cagettes de fruits et légumes contre quelques chaises et un bout de comptoir.

Depuis 4 ans, tous les yeux sont braqués sur ce petit coin de paradis en mutation qui a vécu depuis : l’abandon, la création d’un parking, et l’effondrement du mur de soutènement du Parc lors des travaux de recul du chemin pour sécuriser la falaise de l’érosion. Bien plus stoïques, 2 caméras (une sur le parking du parc public du capelan, l’autre à l’aplomb de l’ancien escalier d’entrée du Pescadou) surveillent le Capelan, pour des motifs sécuritaires, et faire reculer cette fois… la délinquance.

Passage incontournable du sentier littoral devant la presqu’île, l’endroit offre encore aujourd’hui un paysage de gravats, de poutres et de béton aux promeneurs. Mais les travaux s’activent pour rattraper le temps perdu. Le profil du chantier change de jour en jour sous les yeux des passants, et relègue loin en arrière le modeste restaurant de plage fréquenté par des générations de Bandolais et de visiteurs. Au delà de cette nostalgie, l’impatience générale est grande de retrouver un cadre digne de notre calanque emblématique.

Sensé ouvrir pour le Grand Prix de France au Castellet (et profiter de la dynamique marketing locale), le nouvel établissement prend forme mais à quelques jours de l’échéance annoncée, une ouverture en Juin parait désormais peu probable… d’autant plus que les travaux ont pris des proportions inattendues, emportés par l’élan sans doute !

La salle du Pescadou dont le toit en plaques ondulées fibres-ciment devait être juste converti en toit terrasse (pour y accueillir des plantations aromatiques) est bien plus grande qu’initialement, profitant au passage de l’abandon de l’ancien sentier littoral (qui a été lui aussi bétonné dans la foulée, redessinant les limites de la parcelle re-clôturée) ; et le Méditerranéen a été déblayé en sous sol gagnant ainsi tout un niveau de plancher (1).

Des évolutions inattendues d’après les plans qui débordent du cadre comme du calendrier !

Cette capacité remarquable (et remarquée) du projet à se réinventer fait bien peu de cas de la loi Littoral qui, en général, ne voit pas d’un bon œil de telles extrapolations improvisées.

Un projet de restaurant bien gourmand qui pourrait bien nous laisser sur notre faim.

(1) NB : l’escalier d’accès du Pescadou reconverti en accès marchandises avec monte-charge était prévu sur le plan de Déclaration Préalable. Il sera camouflé par un claustra en Acier Corten assorti au reste de l’ouvrage.


Vole, pigeon, vole !

Par un arrêté temporaire du 22 juin 2018, la mairie de Bandol vient de lancer une campagne de “Capture et destruction de pigeons”, pendant toute la saison touristique (3 mois). Motif : des dégâts très importants dus à une surpopulation !

Pour quelques cacahuètes chippées sur les tables des terrasses, la gentille colombe est décrétée nuisible et contraire à l’ordre et à la santé publique.

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Où est passé le sable ?

Le sable est parti.

Dans la baie de Bandol, la plage du Lido s’est tellement amaigrie qu’elle semble aujourd’hui à peine pouvoir accueillir la structure du Mantra, le restaurant démontable que la grue vient déposer chaque nouvelle saison, depuis la destruction de l’ancien établissement emblématique Le Lido. Là, la terrasse en bois a presque les pieds dans l’eau, que contournent surfeurs et promeneurs.

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LE CRP* sape notre paysage

* CRP pour Charençon Rouge des Palmiers : c’est le nom de code du tueur qui décime nos palmiers depuis 10 ans maintenant.

Comme les paysages littoraux et touristiques s’ornent volontiers de palmiers, les zones infestées suivent une large frange sud de la région dans laquelle s’inclut Bandol évidemment.

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Capelan, zone blessée

Dans la lumière du couchant, le flanc blessé du Capelan s’expose dans toute sa nudité minérale, presque rouge sang.

Ça c’est pour le côté lyrique.

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Voulons nous des arbres en ville ?

Category : Patrimoine Urbanisme

A Bandol, les arbres perdent leur combat contre la pression immobilière.

Prochaine victime : le pin de la montée St Michel sera abattu mardi 31 Janvier.

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Un arbre en ville

Il y a dans la ville un arbre qui va être abattu.
Vous venez de lire ces lignes et vous avez pensé : «il n’y en a pas qu’un !». En effet…

Bandol vient de fêter ses 300 ans et quelques arbres vénérables composent encore le paysage urbain. Mais ils sont de moins en moins nombreux ceux qui témoignent encore du passé de la ville, comme les platanes de l’avenue du 11 Novembre… Ils sont abattus les uns après les autres pour ne laisser que du béton fade, stérile et sans souvenirs.

Cet arbre-là, un magnifique pin d’Alep, est planté depuis plus d’un siècle sur ce qui était un pan de colline et qui devint la Montée St Michel.

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